La mise à mort des concerts

En a-t-on fini des salles de concerts remplies où dansent et chantent des centaines de personnes ?

La cinquième édition du Hip-Hop Symphonique qui a eu lieu le samedi 7 novembre 2020 dans l’auditorium de la maison de la radio s’est jouée sans public. La performance était réussie, comme toujours notamment celle de Soolking lorsqu’il a interprété « Liberté ».  Mais où sont les frissons lorsque les premières notes sont jouées ? Cet évènement qui connaît chaque année un succès de plus en plus important était privé de ce qui l’anime le plus.

« L’art donne accès à des mondes que le réel, seul, ne permet pas » Issam Krimi

Quoi de mieux que de venir se réfugier un soir, seul ou entre amis dans une salle sombre au sol collant pour découvrir de nouveaux artistes où pour voir son chanteur favori jouer pendant une heure et demie ? Quoi de mieux encore que boire des bières en attendant que l’ambiance monte petit à petit, se bousculer, rigoler, chanter et hurler à s’en casser la voix, rencontrer des inconnus ou croiser des connaissances par hasard. Finalement le concert c’est la liberté, une liberté de pouvoir danser, chanter autour des autres sans être jugé, car tout le monde autour de vous est venu pour une seule chose, vivre ce moment unique.

Enfin de compte ce qui me manque, au-delà de la performance de l’artiste c’est tous les à-côtés. En premier lieu les gens pas contents qu’on les bousculent, les personnes qui sont venus uniquement pour filmer mais surtout les adolescents hystériques dès que le chanteur fait son apparition sur scène et qui tiendront seulement quelques minutes avant de s’évanouir et être emmenés par la sécurité pour finir le concert assis dans les gradins.

Tous ceux qui comme moi font plusieurs concerts par an pensent ou repensent avec une profonde nostalgie à ces derniers instants de liberté autour de la musique. Mon dernier concert c’était L’Or du Commun, un groupe belge que j’affectionne beaucoup, c’était dans une petite salle de Lille Fives, au Splendid c’était il y a déjà un an et demi. Ce jour-là si j’avais su où nous en serions aujourd’hui je n’aurai pas manqué la première partie, j’aurai entamé les pogos et je me serai jeté dans la foule comme pour dire une dernière fois aurevoir et merci au bonheur.

Comment faire pour ne pas dire adieu à tout ça ?  Les images des concerts avec un mètre cinquante de distance nous font plus penser à une fête des voisins de campagne qu’à l’ambiance électrique qu’y règne habituellement dans les salles de spectacles. Concerts virtuels en streaming comme pendant l’évènement planétaire « One world : Together at Home » qui a eu lieu pendant confinement et qui a réuni des centaines d’artistes et des millions de téléspectateurs ou bien concert avec un mètre de distance tout ça ne résoud pas le problème.

Même avec la musique où sera l’ambiance ? Une aide du gouvernement aurait été la bienvenue, cependant la culture est mise de côté. Dans un contexte qui l’impose, on se ment et on dit que l’on comprend. Mais que se passera-t-il demain ? Dans un an ? Aucun des artistes n’ose se lancer en premier. Qui veut jouer dans une salle vide ? Les concerts c’est chaque année plus de 70 000 représentations, près de 30 millions de personnes dans les salles et des recettes qui frôlent avec le milliard d’euro en 2017. Les grands noms annoncés qui devaient démarrer leur tournée ne font que reculer, faute de pouvoir remplir une salle, alors oui les Zéniths de France c’est peut-être rentable mais que faire pour toutes ces petites salles qui vivent de concerts à 500 personnes qui ne rentreront plus dans les clous et sont voués à disparaitre.

Nous avons vécu un été 2020 sans Festival. J’ai une pensée profonde pour tous les festivaliers qui ont dû occuper leur été autrement qu’en buvant des bières et en se maquillant de strass et paillettes pour alimenter leurs réseaux sociaux. J’ai surtout une pensée émue pour ces artistes, peu connus qui font les toutes premières parties lorsque personne n’est encore réellement arrivée et profitent de ces quelques évènements dans l’année pour pouvoir vivre de leur passion. Sans oublier tous les intermittents du spectacle qui font le tour de la France pour remplir leur contrat. Rien n’a été annoncé pour eux, le flou est total.

Egoïstement les concerts me manquent en tant qu’amateur, je n’ose imaginer à quel point ce doit être difficile pour ceux qui en vivent. Le discours prononcé par Issam Krimi reflète bien la situation dans laquelle la culture se trouve, espérons que les mots prononcés par le pianiste ne sonnent pas creux.

La Covid-19 n’en a pas fini de tuer, elle tue nos concerts, nos plaisirs du quotidien, elle met au sol des milliers d’emploi, artistes, intermittent du spectacle, producteurs. Une branche de la culture est en train de mourir à petit feu ces dernières semaines et si on ne fait rien il sera trop tard pour la sauver.

Benjamin Degreve

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