Nekfeu – Les étoiles vagabondes Partie 2 (l’album)

Les Etoiles Vagabondes le troisième album de Nekfeu est sorti le 7 juin après la diffusion d’un documentaire retraçant sa conception. Plus d’une semaine après, l’album a été le plus écouté sur Spotify dans l’histoire et 47000 personnes l’ont déjà streamé.

Après cette projection en séance unique j’ai mis beaucoup de temps à écouter l’album. Je ne saurais pas réellement dire pourquoi. Je ressentais de l’appréhension, du stress et une certaine peur d’être déçu.

Tout le monde me disait que j’allais aimer et que je n’avais pas de soucis à me faire. J’ai pourtant mis 48 heures avant d’écouter un album que j’attendais depuis plus de deux ans.

Quelle première écoute… Allongé sur mon lit, la tête fixée vers  les nuages,  j’ai pu voyager pendant plus d’une heure. Pour moi la première écoute est toujours très importante, mon rituel c’est de ne rien faire et ne surtout pas couper la musique.

Obligé d’avoir vu le film ?

J’ai vu ça partout sur les réseaux sociaux, « l’album prend tout son sens avec le film », « je comprends mieux l’album grâce au film » etc… C’est majoritairement faux. Le film apporte des subtilités sur l’album c’est évident. Sur certaines chansons comme Alunissons, Premiers pas, Oka Kola ou bien 1e rôle on comprend mieux la chanson. En soit ça ne change pas grand-chose, et c’est très dommage, j’aurai aimé un lien plus direct entre le film et l’album.

Pour certaines chansons comme Alunissons avec les violoncelles, pour Ciel Noir avec le chœur on a un lien avec le film car des parties sont directement incrustées dans le morceau. C’est intéressant de voir le film pour comprendre les thèmes de l’album mais n’en faisons pas trop, l’album s’écoute et s’apprécie même sans avoir vu le film. Seul lien totalement direct c’est la chanson 1er Rôle où chaque phrase est une allusion au monde du cinéma.

Dans une interview Nekfeu disait qu’il aurait aimé faire un album racontant entièrement une histoire comme l’ont fait Les casseurs Flowters avec leur premier album. Son jeu sur les transitions est plus maitrisé que dans les albums différents et apporte un plus dans la construction, surement en s’inspirant du travail de Orelsan.

Un album marquant

Et comment ! Ciel Noir, Dans l’univers, Tokutsubo mais encore Le bruit qui court sont des morceaux absolument magnifiques. Nekfeu réussit toujours à nous faire frissonner et pour une fois il laisse plus de place à l’instrumental, chose très appréciable vu le boulot en amont. Le moment le plus marquant de cette nouvelle liberté musicale se trouve dans le morceau Ciel Noir, frissons garantis pendant quatre minutes. Mon coup de cœur de l’album et, à mon avis, celui de beaucoup de monde. Le jeu avec le chœur, la trompette de Trombone Shorty offrent un style nouveau à ce qu’à pu faire Nekfeu et c’est réussi.

Le morceau avec Vanessa Paradis, Dans l’Univers, est la meilleure collaboration de l’album. Avoir invité une artiste comme Vanessa Paradis sur tel morceau c’est très fort, et puis quel passe/passe entre les deux artistes. Dans un échange avec Jok’air sur Twitter il y a plusieurs années il disait qu’un de ses rêves était de faire un morceau avec la chanteuse. C’est maintenant chose faite.

Ed Sheeran, Orelsan maintenant Vanessa Paradis… bientôt un rappeur américain, on attend vivement.

Suga/Risibles amours/ Elle pleut/ Dans l’univers, la liste des morceaux sur les relations amoureuses devient impressionnante. Une nouvelle fois un texte profond mais qui parle à tous. Un de ces nombreux morceaux qui nous fait presque demander si ce n’est pas écrit pour nous.

Ce que j’aime beaucoup avec cet artiste, et la raison pour laquelle je l’écoute depuis plus de dix ans c’est qu’il réussit à nous parler dans ses morceaux. Il le dit lui-même dans le morceau, Ola Kala « Moi je sais ce que c’est d’écouter du rap et se sentir compris ».  

Nekfeu fait du Nekfeu

Un album sans Hit, sans clip, sans réelle promo. Cela vous dit forcement quelque chose, Nekfeu fait la même chose que pour Cyborg. Mais cette fois, on peut difficilement cerner le morceau un peu plus vendeur, tout simplement parce qu’il n’y en a pas. Quel plaisir. On n’écoutera peut-être pas l’album tout l’été, ça manque clairement de soleil mais au moins on ne vivra pas le même été que lors de On verra et Ma Dope.

Finalement Il n’a rien à prouver, plus besoin de se faire connaitre du grand public, tout le monde sait qui il est et voilà pourquoi il se libère définitivement du « commercial ».

L’une des choses que j’ai le plus apprécié dans l’album c’est que ça kick ! Enfin !  

On retrouve comme morceau de rap, Les étoiles vagabondes, Cheum, Menteur/Menteur. Tricheur le feat avec Damso mon coup de cœur rap de l’album grâce à ce troisième couplet en réel passe/passe entre les deux rappeurs. Le morceau Voyage Leger avec Niska qui fait les back est lourd, dommage que Niska n’a que quelques mots, ce genre de duo sur une instrumental de Hugz aurait pu casser l’industrie pendant un gros bout de temps.

Le duo Flingue et Feu sur Compte les hommes, un incontournable dans la discographie des deux artistes n’est malheureusement pas le meilleur.  Il est toujours aussi impressionnant au niveau de la technique et nous laisse bouche-bé. Si vous avez aimé le morceau avec Alpha Wann je vous conseille la mixtape En sous-marin sorti il y a bientôt 10 ans du duo. Pour finir de bouger la tête Koala Mouillé est le plus gros banger de l’album et risque de briser quelques côtes en festival.

Nekfeu est surement l’un des rappeurs qui fait les meilleurs refrains. Particulièrement entrainant, ses refrains sont tout autant que ses textes aux multiples rimes l’une de ses marques de fabriques.

Grâce à ça Nekfeu peut définitivement poser sa marque, sa signature musicale. Aux regrets de ceux qui comme moi auraient espéré plus d’originalité, on peut dire que Nekfeu fait du Nekfeu dans ce troisième album.

Manque de variété ?

Justement, s’il n’a plus besoin de plaire à personne, pourquoi ne pas essayer d’innover, d’aller plus loin dans les instrumentales ? Je regrette son manque d’originalité, autant sur les instrumentales, sur les textes et les thèmes il aurait dû prendre plus de risques.

En prenant un exemple simple, au niveau des thèmes, on voit, encore une fois dans le film que ses rencontres le marquent et qu’il veut en parler. Pourquoi ne pas le faire alors ? J’étais persuadé d’entendre une chanson sur les voyages des migrants qu’il a pu rencontrer en Grèce. Il ne l’a pas fait, sauf dans quelques phrases par ci-par là. Il avait pourtant fait des morceaux plus sociaux avec Clara Luciani dans le morceau Avant tu riais ou bien en intro de Cyborg avec Humanoïde.

Les étoiles vagabondes ressemble bien trop à Cyborg, sans l’effet de surprise. DJ Elite lui demande s’il n’a pas peur de faire comme son deuxième album lors d’une écoute studio au début du film. Il est trop resté dans sa zone de confort à mon goût et je comprends que la plupart des gens soit déçu par rapport à ça.

Pour appuyer cet argument, les mêmes featuring comme Nemir ou Alpha Wann. Même le morceau avec Crystal Kay ressemble bien trop à Nekketsu, sauf originalité du titre c’est la chanteuse de K-Pop qui fait les couplets et Nekfeu le refrain.

Après autant de succès on peut avoir peur de se relancer, on peut avoir envie de rester dans ce qui fonctionne et ce qui a fait de nous un rappeur incontournable de la scène française. On peut aussi s’élever en tant qu’artiste et prendre des risques. Cette marche du troisième album n’est pas pour moi  totalement franchi, le film le sauve. Après tout on aime ce qu’il fait pourquoi vouloir autre chose ?

Damso avait voulu varier dans son troisième album Lithopédion, il s’est pris la foudre mais au moins il a osé et ça fait de lui un artiste complet avec certes une marque et une signature mais une volonté de prendre des risques quand il le faut. Et ce n’est pas le seul, ils sont énormément de rappeur qui, après un premier ou un deuxième album réussi, ont pris le risque d’aller vers l’inconnu quitte à ne pas plaire à son public habituel.  

En tout cas Nekfeu s’ouvre plus dans ses morceaux, sa technique est de plus en plus parfaite et il continue d’imposer sa personnalité. On bouge autant la tête voire plus dans cet album, on a toujours autant de frissons, il maitrise son sujet à la perfection rien à dire là-dessus, l’album est très bon et va une nouvelle fois exploser les scores de ventes.

Les étoiles vagabondes est très bien réalisé avec des titres qui vont faire bouger des milliers de personnes en concert. Nekfeu vient avec son troisième album d’imposer définitivement sa marque sur le rap français.

Plus de deux ans ont séparé Cyborg et Les étoiles vagabondes, ça reste un immense plaisir de le retrouver. Il ne risque pas de me quitter avant un bout de temps.

Benjamin Degreve

A lire aussi : Nekfeu – Les étoiles vagabondes – Partie 1 (le film)

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